Nº 2 de Langue de Serpent, la lettre envoyée à ses abonnés le mercredi 9 septembre 2026. Deux minutes de lecture, pour les dirigeants de PME et les associés de cabinets réglementés : ce qui change vraiment, et ce qui n’est que du bruit.
Le fait de la semaine : L’obligation du règlement européen que presque aucun cabinet n’a vue — et qui ne connaît aucun seuil
Vous avez lu partout que le règlement européen sur l’IA était reporté. C’est vrai pour l’essentiel des obligations pesant sur les systèmes dits « à haut risque » — biométrie, infrastructures critiques, emploi, éducation —, dont l’entrée en application a glissé au-delà de 2027. Votre cabinet n’en déploie aucun.
Ce qui n’a pas glissé est ailleurs. L’article 4 du règlement (UE) 2024/1689 impose à tout déployeur d’un système d’IA d’assurer à son personnel un niveau suffisant de maîtrise de ces outils. Il est applicable depuis le 2 février 2025. Il ne comporte aucun seuil — ni de taille, ni de chiffre d’affaires. L’usage d’un assistant conversationnel par un collaborateur suffit à le déclencher. Et depuis le 2 août 2026, le régime national de sanctions s’applique, la CNIL étant l’autorité désignée en France.
Ce que le texte exige réellement : une formation proportionnée aux rôles et documentée. Pas de certification. Pas d’organisme agréé. Pas de programme officiel. Ce point mérite d’être retenu, car il sera omis par ceux qui vous vendront un dispositif à quatre chiffres.
Quoi faire dans les trente jours : un tableau à trois colonnes. Qui utilise un outil d’IA dans la structure — y compris ceux dont vous ignoriez l’usage, et il y en aura. Quel outil, et pour quelle tâche exacte : « rédaction de courriers » n’est pas « analyse de pièces client ». Quelles données y passent : aucune, anonymisées, ou nominatives. Datez le tableau, faites-le signer, rangez-le avec vos procédures. Une heure de réunion, coût nul.
Trois signaux faibles
- Les obligations de transparence de l’article 50 du même règlement s’appliquent, elles aussi, depuis le 2 août : informer la personne qui échange avec un agent conversationnel, signaler un contenu généré ou fortement retouché par une machine (source : règlement UE 2024/1689). Si un formulaire de votre site est doublé d’un assistant, cela vous concerne.
- Le Conseil national des barreaux a adopté en mars 2026 un guide consacré à la déontologie et à l’intelligence artificielle, qui admet l’usage de l’IA générative de manière encadrée sans atténuer la responsabilité professionnelle (source : cnb.avocat.fr). Les autres ordres regardent ce texte.
- Le support de Windows 10 et son programme payant de prolongation approchent de leur terme. Nous y consacrerons le fait de la semaine prochaine : le sujet n’est pas informatique, il est assurantiel.
L’outil du mercredi : Whisper — la transcription qui ne quitte pas votre poste
Employé cette semaine en mission pour transcrire des entretiens préparatoires, en local, sur la machine du client. Ce qu’il fait bien : une transcription du français d’une fiabilité remarquable, exécutée entièrement sur votre ordinateur — l’enregistrement d’un rendez-vous confidentiel ne part nulle part, ce qui règle d’emblée la question qui bloque la plupart des cabinets. Ce qu’il fait mal : l’installation n’est pas grand public, et la vitesse dépend entièrement de votre machine ; sur un portable ancien, comptez plus long que la durée de l’enregistrement. Son prix : gratuit, le modèle est ouvert. Le cas où il ne sert à rien : deux ou trois transcriptions par an — la dictée intégrée à votre traitement de texte suffit, et ne demande aucune installation.
Nous installons Whisper en mission. Le modèle est libre ; nous n’avons aucun lien commercial avec quiconque le distribue.
La ligne d’ancrage
Les textes n’exigent pas que vous utilisiez l’intelligence artificielle. Ils exigent que vous sachiez ce qu’elle fait chez vous — et c’était déjà, bien avant eux, la seule question sérieuse.
L’inventaire des usages évoqué plus haut est le premier livrable de nos missions — le Pilote.
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