Le mois où j’ai failli tout arrêter (et ce qui m’a retenu)

Août. Le mois de la vérité.

Il y a des mois où tout va bien. Où les idées coulent, où le code fonctionne, où les clients répondent. Et il y a août.

Août a été le mois où j’ai regardé des offres d’emploi sur LinkedIn. Pas par curiosité. Par désespoir.

Je vais être transparent avec vous. Complètement transparent. Parce que le storytelling lisse des entrepreneurs à succès me fatigue. « J’ai galéré un mois puis j’ai trouvé mon product-market fit. » Non. La réalité est plus sale que ça.

Le vibe coding de l’enfer

J’étais en pleine construction de mes produits digitaux. Du vibe coding. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est coder en dictant à l’IA ce que tu veux, itérer rapidement, construire vite. Sur le papier, c’est magique.

En pratique, c’était l’enfer.

Des bugs. Tous les jours. Des bugs qui apparaissaient quand tu en corrigeais un autre. Des bugs le matin. Des bugs le soir. Des bugs à 2h du matin quand tu te réveilles en sueur parce que tu as rêvé d’une erreur 500.

Mon stack — Make.com, Stripe, Supabase, n8n — refusait de coopérer. Chaque intégration cassait quelque chose. Chaque mise à jour créait un nouveau problème. J’avais l’impression de construire un château de cartes dans un couloir venteux.

Zéro cash

Pendant ce temps, les revenus : zéro. Pas « pas beaucoup ». Zéro. Rien. Nada.

Les factures, elles, continuaient d’arriver avec une régularité terrifiante.

J’ouvrais LinkedIn et je voyais des gens poster : « Mon premier mois à 10K€ en freelance !  » Et moi je me demandais si j’allais pouvoir payer le loyer.

Le moment de bascule

Un soir d’août, assis devant mon écran, après avoir passé 6 heures à essayer de corriger un bug de paiement Stripe, j’ai ouvert un nouvel onglet. J’ai tapé « CDI développeur Paris » dans la barre de recherché de LinkedIn.

J’ai regardé les offres. Les salaires. La sécurité. Les RTT. La mutuelle.

Et pendant un instant — un vrai instant — j’ai voulu cliquer sur « Postuler ».

Le hustle culture est un mensonge. Parfois tu ne veux pas « grinder ». Parfois tu ne veux pas « push through ». Parfois tu veux juste dormir. Dormir et ne plus penser à rien.

Ce qui m’a retenu

Trois choses m’ont empêché de fermer la page et de retournér au salariat.

Ma compagne. Pas parce qu’elle m’a fait un discours motivant à la Gary Vee. Au contraire. Elle m’a dit : « Si tu veux arrêter, arrête. Je te soutiendrai dans tous les cas. » C’est précisément parce qu’elle m’a donné la permission d’arrêter que j’ai trouvé la force de continuer. Elle ne m’a pas mis de pression. Elle m’a donné de l’espace.

Ma fille. Je la regardais et je me disais : qu’est-ce que je veux lui montrer ? Que face à la difficulté, on abandonné ? Ou que face à la difficulté, on traversé — même si c’est lent, même si ça fait mal ?

Spinoza. J’ai lu l’Éthique pendant trois ans. Plus de 50 ouvrages autour de sa pensée. Frédéric Lenoir a dit qu’il lui avait fallu 20 lectures pour comprendre l’Éthique. Je comprends pourquoi. Ce livre vous reconstruit de l’intérieur.

Et Spinoza m’a rappelé quelque chose que j’avais appris des années plus tôt, lors d’une rencontre dans le désert marocain. Un vieil homme, un thé à la menthe brûlant, et cette phrase : « Cette sécheresse n’est que passagère. »

Les saisons changent. Toujours. Le désert connaît la pluie. L’hiver cède au printemps. Août cède à septembre.

Ce que j’en ai tiré

Aujourd’hui, quand je repense à août, je n’ai pas honte. Je suis même reconnaissant. Parce qu’août m’a appris trois leçons essentielles :

1. Le hustle culture ment. L’entrepreneuriat n’est pas un sprint de motivation. C’est une traversée du désert. Et dans le désert, la seule stratégie qui fonctionne, c’est de mettre un pied devant l’autre.

2. Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse. Mes retraites bouddhistes m’avaient appris le détachement. Spinoza m’avait appris la raison. Mais ce soir d’août, c’est l’amour simple de ma compagne qui m’a sauvé. La philosophie ne suffit pas toujours. Parfois il faut juste quelqu’un qui vous dit : « Ça va aller. »

3. Les bugs se corrigent. Les regrets, non. Si j’avais cliqué sur « Postuler » ce soir-là, je serais peut-être dans un open space à faire des daily standups. Le bug Stripe ? Il a été corrigé le surlendemain. En 20 minutes.

À vous

Si vous êtes dans votre « mois d’août » en ce moment — si vous regardez des offres d’emploi en cachette, si vous doutez de tout, si vous voulez juste dormir — sachez que c’est normal. Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe que vous êtes humain.

Cette sécheresse n’est que passagère.

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